Fête de la Musique oblige, vos persos de séries s’y mettent aussi, pour le meilleur, sans aucun doute…

BUFFY CONTRE LES VAMPIRES – 6x07 Que Le Spectacle Commence (Once More With Feeling)

604Scénario : Joss Whedon

Réalisation : Joss Whedon

Avec : Sarah Michelle Gellar (Buffy) ; Nicholas Brendon (Alex) ; Amber Benson (Tara) ; Alyson Hannigan (Willow) ; Anthony Stewart Head (Giles)

Cote d’amour : *****

Résumé : Début de la journée, tout va bien, la petite routine habituelle. Mais il se passe une chose étrange au cimetière de Sunnydale où Buffy fait sa patrouille. En effet, elle accompagne son combat d’une jolie ritournelle, en chœur avec les démons qu’elle trucide. Plutôt inquiète sur le sujet, elle se demande si il en était de même pour les autres. Qui répondent par la positive. Et cette crise de chant aiguë semble s’être propagée à toute la ville. Les recherches commencent… en chanson, forcément ! Mais que se passe-t-il vraiment à Sunnydale ? Et pourquoi des cadavres sont-ils retrouvés carbonisés ?

BUFFY_SEASON6_DISC2_1Analyse : Joss Whedon est un maître dans l’art des épisodes spéciaux (niveau que je n’ai pas revu depuis, dans aucune série pas très penchées sur la question en ce moment)… Il le prouve une nouvelle fois avec cet exercice de style bien plus profond que le simple désir d’en mettre plein la vue et de surprendre son public (qu’il conduit très souvent vers l’inattendu). Là où beaucoup de séries se sont prêtés au jeu en reprenant de vieux tubes, en se formalisant uniquement sur la forme et pas le fond, Joss Whedon choisit au contraire de faire de Que Le Spectacle Commence un épisode pilier de la saison, qui en dira long sur les personnages et qui sera fondamental pour la suite des événements. Un pari culotté et osé, parfaitement réussi de bout en bout. Sur la forme tout d’abord. On aimera ou pas ce petit écart de style dans la série, mais c’est un épisode qui rend vraiment hommage aux comédies musicales. Ainsi on y retrouve le charme d’antan, avec un lifting du générique (et un titre qui ne tient pas dans la case de l’écran ! :D) et des vêtements un peu particulier (notamment pour Willow et Tara). Et Joss Whedon va jusqu’au bout de son idée, puisque la mise en scène s’imprègne aussi de cette atmosphère particulière. Une mise en scène particulièrement belle et forcément très Whedonesque, avec humour à l’appui (le fameux « let it burn » / « pourvu qu’elles brûlent » et le camion de pompier en arrière-plan !!). Ensuite, il y a le fond. Cette saison est celle de la « sombritude », déprimante, où Buffy doit se remettre d’avoir été arrachée au Paradis où elle était si bien

BUFFY_SEASON6_DISC2_8 Aouch, oui, pas facile… Nous le savons depuis un moment, mais pas ses amis. Son seul confident s’avère être un Spike, amoureux transi, qui commence à en avoir un peu marre de la Tueuse. Quant à Anya/Alex, le mariage est un moment de doute pour eux et le couple Tara/Willow traverse une mauvaise passe, quand la magie se mêle du tout. Il y a donc beaucoup de choses à mettre à plat, de secrets cachés que tout le monde garde pour soit. Et Joss Whedon, comme il a fait passer le message à travers les non-dits de l’épisode quasi-muet (4x10 Un Silence de Mort), il fait de même ici à travers les chansons. Une idée souvent utilisée pour illustrer les propos (on pense notamment à Ally McBeal et Vonda Sheppard qui représentait la voix intérieure de l’héroïne), plus rarement pour dire les choses de manière frontale. Le tout, en en mettant pour tous les goûts. Oui, parce que bonne nouvelle, toutes les chansons ne sont pas dans le même style. On passe du rock à la ballade en passant par le rétro. Pas de quoi bouder son plaisir, surtout que la plume de Whedon fait encore mouche, jouant à fond sur l’ambiguïté, le double-sens et autres jeux de mots. Il a aussi utilisé au mieux les capacités de ses comédiens, et les desiderata de certains, comme Michelle Trachtenberg qui préférait danser le ballet plutôt que chanter ou encore Alyson Hannigan qui ne voulait pas trop s’exposer (le personnage de Willow a sûrement l’une des lignes les plus cultes de toutes les chansons dans Walk Through the Fire avec son « I think this line’s mostly filler » / « cette phrase n’est là que pour meubler ») et profite à fond des très bonnes capacités d’un Anthony Steward Head (qui avait déjà fait ses preuves deux saisons auparavant) ou de James Marsters (qui officiait dans un groupe).

BUFFY_SEASON6_DISC2_12Cet épisode représente donc beaucoup d’éléments très importants dans la saison. Buffy avoue enfin aux autres qu’elle était au Paradis, que sa vie ici n’est pas si facile, et c’est là qu’est scellé le commencement de sa chute en enfer, dans sa relation hyper malsaine avec Spike, le tout sur fond de trompettes harmonieuses (ou de l’ironie à la Whedon ?). Dawn continue dans sa conduite cleptomane, avec ce paradoxe de cacher ce qu’elle voudrait pourtant que l’on découvre, à savoir ses vols. Ce qui a failli la conduire à aller en enfer avec le démon Sweet, qui ne termine pas mort (assez original) et qui n’est pas sans me rappeler le génie d’Aladdin de Disney à chaque fois (peut-être à cause du bleu de son costume ou de sa chanson pour le moins Disneyenne, allez savoir !). Et pour ne pas continuer dans le côté un peu sombre de tout ça, on a deux héros qui vont prendre la décision de s’éloigner. De sa Tueuse pour notre Observateur, qui décide de retourner en Angleterre, afin que Buffy puisse avancer d’elle-même, ne plus se reposer sur cette figure paternelle. De Willow pour notre sorcière bien aimée, qui décide de faire une pause avec celle qu’elle aime afin de tenter de lui faire comprendre qu’il y a quelque chose qui ne va pas (on reste dans la métaphore de la drogue). Bon, on sait que tout ceci sera remis à l’épisode d’après pour cause d’amnésie intensive, mais c’est donc bien un épisode charnière. Le tout en étant finalement assez surprenant dans sa progression. Qui aurait donc pu imaginer le coupable de l’invocation de ce démon ? :D Et on ne voit pas que cet épisode à bénéficier d’un rab tant on ne voit pas le temps passer.

BUFFY_SEASON6_DISC2_6Enfin, un dernier mot sur la VF… O combien critiquée VF en général, et sûrement encore plus sur cet épisode. J’en avais franchement entendu le plus grand mal avant la diffusion sur M6 (puisqu’à l’époque, la série devait être pré-diffusée sur Séries Club je crois), notamment sur les voix pas raccord. Alors, effectivement, certaines voix choquent clairement : Tara et Giles. Mais ce sont à peu près les seules (avec Willow en fait, pour les autres, il semble que ce soit les comédiens de doublage habituels qui ont assurés les chansons, ou c’est nettement plus raccord que pour les trois pré-cités, mais ce serait étonnant). Ensuite, du côté de l’adaptation… Bon, rien de plus difficile que ça à l’origine sur des épisodes pas chantés. Alors, chantés… Ils ont pris le parti de traduire les chansons et dans l’ensemble, le résultat est correct, le sens général y est (même si l’on perd bien sûr quelques double-sens et autres au passage). La VF est même parfois plus proche que les sous-titres présents sur le coffret dvd… Je vous assure que cet épisode en VOST est une véritable horreur (que ce soit dans la tournure des sous-titres ou du sens qui s’éloigne pas mal de ce que l’on écoute, peut-être un parti pris esthétique, genre vieux poème, mais du plus mauvais effet). C’est donc un épisode à regarder soit en VO pure (surtout qu’il y a finalement assez peu de dialogues), soit en VF, mais le compromis est assez difficile (et puis, pour tous les nostalgiques de la Cinq, c’est quand même la fameuse Claude Lombarde qui interprète la voix chantée de Tara… Et qui est Claude Lombarde ? Celle qui a chanté de nombreux générique de dessins animés comme Max & Compagnie, Charlotte, la voix de la chanteuse Creamy…).

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Conclusion : On pourra ne pas apprécier la forme de l’épisode. Mais c’est quelque chose qui est assez difficilement attaquable sur le fond et dans sa volonté de rendre hommage aux comédies musicales d’antan. Joss Whedon à jouer le jeu et nous livre un épisode complexe, très riche (tellement qu’il a bénéficié d’un rab au niveau du temps, mais c’est tellement prenant qu’on ne le voit pas !), et très beau visuellement. Un exercice de style on ne peut plus réussi, parmi les meilleurs que j’ai pu voir sur le style comédie musicale (le plus proche dans l’esprit étant celui de Xena, la Guerrière). Les visuels avaient été très travaillés pour accompagner cet épisode, l’affiche promo au style crayonné et un très bon album (avec quelques musiques en bonus)… A noter aussi les participations de deux auteurs de la série, dans de mini-apparitions avec David Furry dans une réclame contre les tâches de moutarde et Marti Noxon (productrice exécutive de la saison) dans une pauvre femme harcelée par un policier qui plaide sa cause… Très sympathiques (avec une préférence pour Marti !).

Coups de cœur de l’album :

*Under Your Spell (Tara)
*The Parking Ticket
*Rest in Peace
*Walk Through the Fire
*Where Do We Go From Here

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