Après une visite du cabinet Cage & Fish, je vous invite à découvrir le dernier ouvert en date par David E Kelley, celui de Crane, Pool & Schmidt…

BOSTON JUSTICE (Boston Legal) – Saison 1

boston_legalCréée par : David E. Kelley

Avec : James Spader (Alan) ; William Shatner (Denny) ; Mark Valley (Brad) ; René Auberjonois (Paul) ; Candice Bergen (Shirley) ; Monica Potter (Lori) ; Rhona Mitra  (Tara)...

Nombre d’épisodes : 17 (2004/2006)

Cote d’amour : ****

125747Résumé : Alan Shore est un nouvel avocat dans la structure du cabinet Crane, Pool & Schmidt. Engagé par Denny Crane, le principal associé, il est aussi son ami. Et les premiers jours sont mouvementés puisque Pool est interné après qu’ils se soit rendu à son travail uniquement vêtu du haut de sa tenue (comprenez sans culotte ni pantalon). De quoi faire peur à Paul Lewiston qui gère le cabinet. En effet, Schmidt n’est pas là et Denny Crane ne semble plus aussi performant qu’auparavant. Il va même demander à ses collaborateurs, tel que Lori, de veiller sur Denny ou de ne pas le laisser plaider seul. Pendant ce temps-là, Alan déclare la guerre à Bradley en le traitant de Ken (ce qu’il n’apprécie pas) et en sortant avec son ex, la jolie Sally. Voilà de quoi donner une ambiance tendue au travail… Mais vont-ils réussir à gagner toutes les affaires qu’on leur propose ?

59510Avis : Boston Justice est un spin-off (allez, on va le dire comme ça), issu de The Practice où Alan Shore faisait apparemment son apparition (de même que Tara ). Personnellement, c’est une série de David E. Kelley que je n’ai pas suivi. C’est peut-être pour ça qu’on a l’impression, si vous êtes comme moi, de débarquer dans une série sans qu’on soit vraiment mis en situation. Bien évidemment, on saisit le contexte de l’arrivée d’Alan (et encore, plus explicitée par la suite que dans le premier épisode) mais ça manque clairement de bien accompagner le téléspectateur dans la découverte de ce nouvel univers. De même, on sent que la série se cherche durant une bonne moitié de la première saison. En fait, il faut attendre le 9ème épisode pour que ça décolle vraiment. Le début n’est pas mauvais en soit, mais la série tâtonne pour trouver son ton. Le plus flagrant exemple vient sûrement du générique qui change souvent en cours de route. Faut dire que la première version était d’un goût un peu douteux. Heureusement que c’est mieux par la suite. De même, on sent que l’équipe de scénariste (oui, parce que cette fois-ci, David E. Kelley a délégué un peu plus que sur Ally McBeal par exemple) ne sait pas trop quoi faire de certains personnages qui sont sous-utilisés et qui ne servent au final à pas grand chose. D’ailleurs, à ce niveau-là, la roue tourne constamment durant tout le long de la saison. Ceux qui avaient la chance d’avoir un rôle finissent petit à petit par s’éclipser au profit des plus grosses figures de la série que sont Alan Shore, Denny Crane et un peu plus tard, Shirley Schmidt. Quant aux autres, ils ont les restes qu’on veut bien leur attribuer.

134929Du coup, c’est une série à laquelle il faut clairement laisser sa chance plus de deux épisodes. Parce que les défauts s’effacent, la série se trouve. Comme je le disais, je ne connais pas The Practice qui était le pendant plus sombre d’Ally McBeal à la même époque. Et d’après ce que j’ai pu lire, Boston Justice se situerait plutôt entre les deux. D’ailleurs, au début, le ton est finalement assez sombre aussi. Les personnages n’en sont pas pour autant austères et sans fantaisie, je vous rappelle qu’on est tout de même dans une création de David E. Kelley, mais la série aborde des sujets parfois graves. Mais plus ça va et plus la série se tourne vers le côté léger d’Ally Mcbeal, sans pour autant atteindre son degré de loufoquerie. En fait, elle semble s’être trouvée un juste milieu et c’est ce qui fait sa spécificité. D’ailleurs, c’est assez intéressant de continuer la comparaison parce que bien que les deux séries se passent dans le même univers l’approche n’est clairement pas la même. Ainsi, dans Ally McBeal, David E. Kelley étudiait avec un grand soin la nature humaine, ses petits travers et surtout le côté unique des gens en s’appuyant sur des personnages totalement hors-normes et des procès acadabrantesques pour plaider en la faveur de cette diversité. Ici, c’est vraiment autre chose. Fini les procès « légers » (dans la majorité des cas), c’est les sujets de société qui sont étudiés à la loupe au fil des cas. Et autant dire tout de suite que le créateur fait passer ses idées avec force et brio. Ainsi, on a le droit à un plaidoyer anti-peine de mort (où Alan est plus bouleversant que jamais) ou encore une histoire qui tourne autour du 11 septembre et de la torture (et je crois même que la série pique un peu la chaîne de diffusion de la série au détour d’un épisode cross-over avec Boston Public). Bref, des sujets pas anodins du tout.

18966207_w434_h_q80Le tout étant servi par les personnages. Là encore, faisons une comparaison avec la grande sœur. Au cabinet Cage & Fish, c’était le règne du jeunisme. Ici, c’est celui de la maturité. Les tout-puissants avocats sont bien ceux qui ont le plus d’expérience et les jeunes font encore leurs dents (et ne servent parfois à rien du tout, comme vu plus haut !). C’est assez intéressant, parce que c’est finalement assez rare de voir une série avec une moyenne d’âge si élevée. L’ambiance est aussi sacrément différente. Si la bonne humeur, l’entraide était quasiment le maître-mot de Richard Fish et son équipe, chez Crane, Pool & Schmidt, c’est un peu tout le contraire. Les relations entre les avocats sont tendues et ne laissent que peu de place aux sentiments. Même quand il y a de l’amour dans l’air. Et de l’amour, il y en a pourtant. Et c’est là que le personnage d’Alan Shore pourra plaire… Ou pas. Parce qu’on a clairement du mal à le cerner sur cette première saison. En fait, il apparaît parfois comme quelqu’un de détestable, et d’autres fois au contraire, il se montre pour le moins humain. Je crois qu’on peut dire qu’il faut apprendre à le connaître pour saisir qu’on a là un personnage finalement entier, qui a ses convictions sur son métier (qui apparaît guère reluisant à certains moments, une autre chose que pointe le créateur de la série ici, sur les ordures qu’on peut avoir à défendre notamment) et sur la nature humaine. Et on ne peut qu’apprécier au terme de cette première saison. James Spader est charismatique et possède un certain charme (on arrive à comprendre pourquoi il tombe les filles, plus que le sans-saveur Bradley). Et comment ne pas parler de son acolyte, le fameux Denny Crane (peut-être que certains d’entre vous auront reconnu le Hooker des années 80, personnellement, j’avais zappée). Tout d’abord, parce qu’on peut déjà y entrevoir une relation ambiguë, flirtant parfois avec le subtext entre Denny et Alan. Ensuite, parce qu’il fait aussi le show dans la série, comme le personnage fait le show dans la vie du cabinet. Il est à la fois touchant et pathétique.

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Conclusion : David E. Kelley prouve à nouveau qu’il est un très bon créateur, très bon scénariste et qu’il a toujours des idées à défendre, de nouvelles façon d’aborder ses créations, même quand on pourrait penser à un duplicata sans saveur de ses anciennes séries à succès. C’est se tromper et se serait passer à côté d’une excellente série. Certes, elle met du temps à décoller et trouver sa voie, mais une fois que c’est fait, c’est que du bonheur, c’est promis. La série saura aussi bien vous toucher que vous faire sourire, voire rire. Et si le casting n’est pas aussi efficace qu’un Ally McBeal, les têtes principales valent largement le détour. Et puis tiens, pour les fans de musiques, c’est encore Danny Lux qui s’y colle. Mais cette fois, c’est vers les musiques des Dessous de Palm Beach que ça tend (avec de nombreuses musiques rappelant celle du générique de la série), même si on a quelques restes d’Ally qui traîne de-ci, de-là, pour certaines scènes. En tout cas, ça sied à merveille à la série. Pour les fans de têtes connues, sachez qu’on retrouve Betty White (vue dans la saison 2 d’Ugly Betty et fameuse figure des Craquantes), Freddie Prinze Jr (vu -ou pas- dans Freddie ! :D) ou encore Jodi Lyn O'Keefe (dans la dernière saison de Prison Break notamment).